Blog

Egalité des chances : une bonne chose ?

« Les citoyens préfèrent l’inégalité lorsqu’il s’agit de protéger les-leurs. »

L’être humain n’a pas toujours rêvé d’égalité ! Au contraire, pendant des siècles l’humain a vécu dans un monde inégalitaire. Il existait l’aristocratie, le clergé, la bourgeoisie et la paysannerie : on était né dans une caste, on y restait et c’était accepté, comme si la liberté était devant Dieu, mais que l’inégalité était acceptée entre les humains. Il n’y avait aucune mobilité sociale. C’est encore le cas en Inde par exemple.

Puis sont arrivés les Lumières et les ennuis ont commencé ! Avec leur déclaration de « libres et égaux » entre nous, les inégalités sont devenues illégitimes, ou devaient être justifiées. Plus question de garder le principe de castes imperméables.

Par contre, la déclaration d’égalité ne s’est pas instantanément traduit par un « uniformisme » social. Il restait forcément des différences sociales qui ont été acceptées : les classes sociales qui ont été déterminées par le rapport au travail : je suis ouvrier, je suis employé, je suis bourgeois. Ces classes (inégalitaires) ont été acceptées aussi parce qu’elles permettaient une identité de classe : je suis (ouvrier), je m’habille d’une certaine façon, je m’amuse d’une certaine façon… bref j’appartiens à un groupe dans lequel je me sens bien. « Se sentir bien dans une classe sociale » n’est néanmoins pas suffisant pour accepter le principe d’existence de classe : les humains acceptent les inégalités de classepour autant qu’avec le temps elles se réduisent ! Ce travail pour la réduction des inégalités de position (ou positivement exprimé en « égalité des places ») a structuré un siècle de progrès social, entre 1880 et 1980. Les classes sociales ont également structuré la vie politique.

Le progrès social a été fondé sur deux piliers :

  • La société industrielle, qui a permis à tout le monde de bénéficier de l’accroissement de confort, mais aussi à chacun d’y contribuer en tant que travailleur ;
  • L’Etat nation, qui comportait ses ouvriers mais aussi ses capitalistes, bref un monde qui se sentait inter-relié. Cette conscience d’interrelation a permis d’accepter qu’on se paye tous sans se connaître.

Donc il y avait des inégalités de positions, mais elles se réduisaient et en même temps la situation de tous s’améliorait. En plus, les inégalités étaient vécues comme liées à sa classe sociale : elles n’étaient pas personnellement blessantes, c’était une expérience collective.

Aujourd’hui, ce modèle semble être épuisé. Cet épuisement est venu notamment :

  • par le fait que l’Etat providence est de plus en plus corporatiste. L’emploi étant devenu rare, le nombre d’exclu augmente ;
  • par l’aveuglement, pendant les 30 glorieuses, de toute sortes d’inégalités telles les différences hommes/femmes, les discriminations… A ce moment, on pensait que c’était dans l’ordre des choses. Le paradigme suivant a été accepté : « garde la position de ton père, elle s’améliorera. » Ce paradigme était déterministe et niait la possibilité de mobilité sociale : je suis ouvrier, je ne peux devenir patron, je suis immigré, je ne peux devenir médecin… cet aveuglement a disparu ;
  • par le délitement de la société industrielle et de l’état nation. Le système qui portait l’amélioration des positions n’est plus là. Il n’y a plus de société industrielle nationale, et l’amélioration des positions de tous par le productivisme n’est plus là, et est contesté pour ses impacts environnementaux.

Aujourd’hui, on n’accepte plus d’être catalogué dans une classe, et de « devoir » y rester. Au contraire, on nous bassine les oreilles que si on a le talent et qu’on fait ce qu’il faut, on peut monter, on peut arriver en haut de la pyramide.

Le but de la société serait de donner à chacun l’égalité des chances. L’Etat devrait garantir à chacun des chances égales, notamment un capital de départ identique, et c’est de la responsabilité de chacun de profiter des opportunités et de faire fructifier son capital pour arriver en haut. On est dans la compétition permanente. Sauf pour celui qui arrive tout en haut, la vie est manifestement semée d’embuches… car à la fin on doit bien constater des inégalités. Une ou deux petites inégalités, cela irait, mais les moins bien lotis vivent une séries d’inégalités multiples, sorte d’agrégation d’inégalités fines. Dans le domaine de l’enseignement par exemple, je n’ai pas accès aux bons transports en commun, je ne peux choisir le bon lycée, je ne suis pas dans la bonne filière… Et en plus, ces inégalités se reproduisent d’une génération à l’autre.

Le vécu de l’agrégation d’inégalité est d’autant plus douloureux que, plus on s’affirme égaux, plus les inégalités sont insupportables. On vit donc une exacerbation du sentiment d’inégalité.

L’égalité des chances a occulté le débat sur l’égalité des positions. En effet, ce qui est important aujourd’hui, c’est que chacun ait droit à accéder à toutes les places, aussi inégales soient-elles. Qu’il y ait une différence de 900 entre le salaire annuel d’un PDG et d’où ouvrier n’est pas grave, du moment que le fils de l’émigré ait une chance d’y arriver ! le summum est la mobilité sociale en fonction du mérite.

Oui mais justement, il y a très peu de … femmes/immigrés/… aux plus hauts postes. Donc on va faire des politiques de discrimination pour qu’elles/ils puisent y arriver. Pour celle ou celui qui y arrive, c’est très bien, mais pour toutes celles et ceux qui n’arrivent pas tout en haut – car définir un tout en haut, c’est forcément imposer à d’autres d’être tout en bas – c’est culpabilisant. Ceux-ci le vivent comme un échec de leur responsabilité.

Bill_gates

Le discours exclusif sur l’égalité des chances comporte plusieurs inconvénients :

  • il justifie les inégalités de position, comme vu ci-dessus ;
  • il culpabilise les individus qui seraient responsable de ce qui leur arrive ;
  • il sacralise le mérite. Or le mérite est tout sauf clair. Est-ce ma position de PDG est due à mon seul mérite quand on sait que mes parents étaient PDG, m’ont payé les meilleures études, les meilleurs cours privés, m’ont fait rencontré mes pairs… Qu’est-ce qui est dû à moi, qu’est-ce qui est dû au contexte ?
  • il n’a pas donné les résultats attendus, dans le sens qu’en pratique, il y a très peu de mobilité sociale et une plus grande inégalité de position.

Bien plus, l’égalité des chances a amené l’extrême droite. En effet, tous ceux et celles qui ne sont pas arrivés très haut dans la grande compétition de tous contre tous, sont meurtris et dévalorisés. En quelque sorte, ils ont symboliquement régressé parce que des personnes de la classe du dessous peuvent passer au-dessus : même si on reste à la même place, on a l’impression de passer en dessous. Or on sait que l’impression de régression est une expérience très douloureuse pour l’humain. Pour échapper au mépris de soi, on le transforme en haine des autres. Je hais tous ceux (les émigrés) qui pourraient passer au-dessus de moi, et par extension me prendre quelque chose. L’adversaire, ce sont tous les autres avec qui je pourrais être en concurrence réelle ou symbolique.

Que faire pour une société juste et qui fonctionne, notamment dans le cadre du travail ?

  • Faut-il bannir le mérite ? Non, ce serait inacceptable que les postes et l’avancement ne tiennent en aucun compte du mérite. On n’ira pas chez un médecin parce qu’il est « X » et qu’il fallait un quota de « X ». Il faut donc garder le mérite. Mais il ne faut pas l’hypertrophier.
  • Il faut aussi de l’égalité. Pas seulement « à travail égal, salaire égal ». Il faut aussi que les tensions salariales entre le haut et le bas soient faibles.
  • Et enfin il faut de l’autonomie. Personne ne doit être considéré comme une simple machine obéissante.

Ces tris caractéristiques sont contradictoires entre elles, il faut savoir les gérer, les équilibrer.

Texte rédigé par Hadelin de Beer, à partir d’une conférence de François Dubet pour le réseau « égalité », dans le cadre des 20 ans du Plan de Cohésion Sociale d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, le 11/09/2018

Publicités

A OLLN, Ecologie rime-t-elle avec béton ?

Il y a eu un développement de la population entre 1995 et 2015. Etait-ce souhaitable ? Quelle est la responsabilité d’Ecolo et qu’à fait Ecolo pour que cela se passe au mieux ?

« OLLN s’est fortement développée. ». Traduisez « il y a de plus en plus de maisons, d’appartements, de routes… ». Donc de béton ! Et donc de personnes !

Comme le disait Mr Otlet (MR, ex-bourgmestre) à un conseil communal : « on risque de ne plus reconnaître Ottignies d’il y a 50 ans, on a peur que cela change trop ! ».

On se retrouve dans une situation inversée : Ecolo serait le bétonneur et le MR serait le protecteur d’une ville petite, à taille humaine, protecteur de la nature.

Les faits :

1° Il y a une pression démographique sur tout le Brabant wallon (BW) :

  • De 1995 à 2015, la population du BW a augmenté de 16% en 20 ans. Il y aurait de toute façon eu plus d’habitant à Ottignies-LLN
  • A Ottignies, elle a augmenté de 21%, c’est plus mais pas nécessairement différent d’autres villes.

2° Qui dit pression démographique, dit construction.

3° La différence entre les communes du BW et OLLN, commune Ecolo ; c’est que les autres communes ont laissé construire n’importe où, et principalement des lotissements de villas 4 façades dans des campagnes, alors qu’Ecolo a voulu CONSERVER les campagnes et a donc privilégié la construction dans les centres ville, près des gares, pour moins de mobilité en voiture. L’image ci-dessous (parue dans le magazine Imagine) est de Waterloo: cherchez la campagne…

IMG_20180829_0001

4° Il y a une grosse urbanisation à Court-St-Etienne (notamment sur les terrains des anciennes usines Henricot), ce qui minéralise très fort l’environnement immédiat d’Ottignies et met une très forte pression automobile sur l’avenue des combattants, une des seules routes de transit vers BXL. A Mt-St-Guibert aussi il y eu une forte urbanisation, notamment Axis Park qui touche LLN.

Et pour le futur ?

Ecolo va évidemment poursuivre dans la conservation des campagnes. Ecolo va poursuivre dans la volonté de construire près des gares. Cependant Ecolo insiste sur les points suivants : il doit y avoir plus de nature, des espaces plus vivants, des lieux de vie (des « quartiers ») plus cool, dans ces nouveaux quartiers, la voiture doit rester à l’extérieur…

Une limite à la croissance de la population ?

Le MR nous a accusé de vouloir une grande ville, et a demandé de mettre une limite à la population. Nous avons refusé, pour plusieurs raisons :

  1. C’est tout simplement impossible. On ne pourra pas dire au « limite+1 » habitant, qui est par exemple un enfant dans une famille, « allez habiter ailleurs » ;
  2. Ce n’est pas éthique : et si toutes les communes disaient cela ?
  3. Ce n’est pas raisonnable.

Par contre on peut limiter les constructions, leur densité, leur hauteur. C’est ce qu’on a fait dans le schéma de structure. Sachant que si on fait cela, on fait augmenter les prix… donc on propose entre autres un CLT (community land trust) !

CLT : https://hadelindebeer.wordpress.com/2018/06/25/olln-le-clt-des-terrains-gratuits-pour-les-jeunes-familles/ : On le sait, le pyramide des âges montre un « trou » des jeunes familles, qui quittent LLN et Ottignies car elles ne peuvent se payer un logement, vu les prix.

Comme à Bruxelles et ailleurs, l’idée est de créer une fondation qui sera propriétaire de terrains. Ceux-ci seront « donnés » gratuitement pour que des jeunes familles aux revenus « moyens » et ayant un lien avec la commune puissent y construire.

En contrepartie, lors de la revente, la maison ne pourra être revendue qu’à des personnes en situation comparable (revenus moyens, ayant un lien avec la commune) et avec une plus-value limitée, de telle sorte que le prix reste abordable.

La Ville va créer ce CLT au conseil communal du 26 juin. Il faudra ensuite que le CLT aient des terrains et les mettent à disposition. Le projet actuel de la Ville est d’y mettre +/- 10 terrains qu’elle possède. Mais l’idée est qu’à terme, l’UCL rejoigne le mouvement et y verse +/- 3 hectares du futur quartier Athéna (et gère en commun cette partie du CLT avec la Ville).

Articles de presse : https://www.lavenir.net/cnt/dmf20180626_01189920/ottignies-louvain-la-neuve-met-en-place-la-structure-d-un-community-land-trust

Une limite à l’urbanisme : l’arme absolue ?

Comme dit plus haut, le schéma de structure (http://www.olln.be/fr/services-communaux/urbanisme/documentation.html ) encadre (donc limite mais aussi permet) les possibilités de construire. Peut-on facilement imposer des contraintes très fortes permettant très peu de constructions ? Oui et non :

non

  • la commune est contrôlée par la Région, qui veille à l’intérêt général, notamment d’empêcher les communes de dire “chez les autres, pas chez nous” et aussi le bon aménagement des lieux (près d’une gare, la région demande des habitations plus denses) ;
  • la commune est contrainte par les propriétaires, et notamment l’UCL, qui peuvent légitimement dire que quand un moment donné le pouvoir leur a donné des droits de construire et qu’ils ont payé des taxes, le pouvoir ne peut facilement (sans compensation), retirer des droits ;
  • dans notre société, il y a une certaine légitimité à pouvoir valoriser une propriété.

oui

  • quand un intérêt supérieur est en jeu (paysager, sécurité, environnement…)

 

On l’a compris, aucun parti politique ne peut promettre de définitivement stopper l’urbanisation. Le parti qui le promettrait ferait un « mensonge bleu » (voir « la couleur des mensonges »). La maitriser, la canaliser, faire en sorte qu’elle soit profitable pour tous, tant les générations actuelles que future, cela est le défi. Les écologistes veulent le relever, avec la participation de la population.

La dictature de l’intime

Comme tous les candidats qui se présentent aux élections, j’ai des convictions et des valeurs. Je crois dans le projet politique de mon parti et je pense pouvoir y apporter une contribution positive.

La campagne électorale sert à faire (notamment) deux choses :

  1. convaincre l’électrice et l’électeur que le projet est bon, que les convictions sont justes et les valeurs importantes ;
  2. convaincre l’électeur et l’électrice que je serai une bonne personne qui gardera ses convictions et ses valeurs, tout en étant assez souple pour s’adapter à la situation, et qui a les compétences et les capacités pour mener le projet à bien.

Parlons des convictions et des valeurs. Comment démontrer les valeurs qu’on porte ? Comment convaincre qu’on les a et qu’elles sont fortes ?

  • L’utilisation de mots et de paroles certes, mais leur force est limitée car tout se laisse écrire…
  • La constance dans les actes, et le fait de joindre les actes à la parole est déjà plus fort. Un inconvénient au moins : cela nécessite de longs développements que les citoyens ne sont prêts à lire, faute de temps.
  • L’utilisation d’une photo qui symbolise nos valeurs et convictions. Une bonne image vaut bien un long discours.

J’avais fait 3 photos dans mon quartier. Elles étaient prises dans l’espace public et deux symbolisaient la capacité des gens à donner, à échanger, à vivre la gratuité. C’était évident et cela valait un long discours.

3_Photos

J’ai reçu deux messages les concepteurs de la boite à dons. Ils me demandaient de ne pas choisir cette photo car ils ne souhaitaient pas que leur geste soit récupéré par un parti politique. « Fais une photo dans ton jardin » m’a proposé » l’un d’eux. Et voilà : on est exclu de l’espace public pour affirmer ses convictions. On doit se cantonner dans l’intime.

A la fois je comprends les concepteurs, par ailleurs charmants voisins. Aucun artiste ne veut que son œuvre soit récupérée par un politique, surtout s’il est de conviction opposée. Car c’est bien là la question : le sentiment de récupération, de détournement, voire de trahison.

Mais un danger d’exclure l’espace public du débat et de l’appropriation par tous, c’est que celui-ci n’est plus public. Aucun politicien ne pourra se faire photographier devant l’Atomium, car le concepteur ne l’a pas prévu, ne l’a pas autorisé. Aucun candidat ne pourra se faire photographier devant les graphs de la gare de LLN pour signifier par là qu’il soutient l’art de la rue parce que ce n’est pas ce qu’ont voulu les grapheurs. Ce qui a été fait dans l’espace public devient privé, réglementé, géré par ceux qui l’ont fait, plus par tout un chacun. L’espace public devient privé.

Un autre danger d’exclusion de l’espace public, c’est l’intimisation de la politique. Cela devient personnel, privé. Presque honteux ou indécent. Tout ne peut plus être politique. Pour lutter contre une récupération estimée inappropriée, les gens devraient faire une contre-récupération, ce qui provoquerait un débat… public ! Au lieu de cela, on renvoie à l’intime, presque au sentiment, à l’émotion personnelle, et le débat est mort.

Je n’ai pas voulu agacer mes voisins et j’ai demandé qu’on ne choisisse pas cette photo pour me présenter. Je pense néanmoins qu’ils ont fait une erreur. Tout est politique.

Pourquoi un bain de forêt est bon pour notre santé

Bien que toute sorte de nature puisse améliorer notre santé et notre bonheur, il y a quelque chose de spécial à être dans une forêt.

Par Karin Evans, 20 août 2018 article en anglais sur https://greatergood.berkeley.edu/article/item/why_forest_bathing_is_good_for_your_health

Traduction : Hadelin de Beer

Le « Trouble du déficit de nature » est une affection moderne. Avec plus de personnes vivant dans les villes, travaillant dans des immeubles de bureaux de grande hauteur et devenant dépendantes de leurs innombrables appareils électroniques, beaucoup d’entre nous connaissent effectivement un déficit de nature. Cela est vrai pour les enfants et les adultes.

Dans son nouveau livre, Le bain de la forêt: comment les arbres peuvent vous aider à trouver santé et bonheur, le médecin et chercheur japonais Qing Li présente des statistiques qui donnent à réfléchir: d’ici 2050, selon la Division des nations Unies les trois quarts de la population vivra en ville. Même maintenant, l’Américain moyen passe 93% du temps à l’intérieur, et une dizaine d’heures par jour sur les médias sociaux – plus qu’ils ne dorment.

piste

La piste Kumano Kodo au JaponAu Japon.

Li est à la tête d’une organisation appelée la Société japonaise de médecine forestière, qui encourage la recherche sur les effets thérapeutiques des forêts sur la santé humaine et sensibilise la population à la pratique du bain en forêt. Son livre explore les recherches sur ces avantages, tout en offrant un certain nombre de techniques que nous pouvons utiliser pour les améliorer. »Certaines personnes étudient les forêts. Certaines personnes étudient la médecine. J’étudie la médecine forestière pour découvrir comment la marche en forêt peut améliorer notre bien-être », écrit Li.

 L’histoire de la baignade en forêt

Le Japon est un pays à la fois urbanisé et fortement boisé. Les arbres couvrent les deux tiers de la masse terrestre de l’île et pourtant, la majorité des Japonais vivent dans des conditions de surpeuplement. Li habite à Tokyo, une ville qu’il décrit comme « la ville la plus peuplée du monde ».C’est peut-être pour cela que l’art de la « baignade en forêt» (shinrin-yoku) a commencé là-bas. La baignade en forêt consiste à marcher lentement à travers une forêt, à profiter de l’atmosphère à travers tous les sens et à profiter des bienfaits d’une telle excursion.En 1982, le Japon a lancé un programme national visant à encourager la baignade en forêt. En 2004, une étude scientifique sur le lien entre forêts et santé humaine a débuté à Iiyama, au Japon, un endroit particulièrement réputé pour ses forêts verdoyantes. Maintenant, chaque année, plus de 2,5 millions de personnes parcourent ces sentiers forestiers pour réduire le stress et améliorer leur santé.L’intérêt de Li pour la recherche forestière a commencé lorsqu’il était un étudiant en médecine stressé. Il est parti pour une semaine de camping en forêt et a constaté que cela lui avait rendu sa santé physique et émotionnelle. Cela l’a inspiré à commencer à étudier les avantages des forêts pour la santé et le bien-être humains. En 2004, il a contribué à la création du groupe d’étude sur la thérapie par les forêts, dont l’objectif était de découvrir pourquoi le fait d’être parmi les arbres nous permet de nous sentir mieux.

Le pouvoir de guérison de la forêt

Après des années d’étude approfondie, Li a découvert que passer du temps dans une forêt peut réduire le stress, l’anxiété, la dépression et la colère, renforcer le système immunitaire; améliorer la santé cardiovasculaire et métabolique; et stimuler le bien-être général. »Partout où il y a des arbres, nous sommes en meilleure santé et plus heureux », écrit Li. Et, ajoute-t-il, il ne s’agit pas de faire de la randonnée ou du jogging, mais simplement d’être dans la nature.Pourquoi ça se passe-t-il ? On sait depuis longtemps que les humains ont un besoin biologique de se connecter à la nature. Il y a une vingtaine d’années, le biologiste américain E. O. Wilson a noté que les humains sont «câblés» pour se connecter au monde naturel et que le fait d’être dans la nature a eu un effet profondément positif sur la santé humaine.

Livre_li

Forest Bathing: How Trees Can Help You Find Health and Happiness (Viking, 2018, 320 pages)

Les recherches de Li semblent le confirmer. Par exemple, une de ses études visait à déterminer si le bain en forêt pouvait améliorer les habitudes de sommeil chez les employés d’âge moyen de Tokyo qui avaient tendance à souffrir d’un manque de sommeil en raison d’un niveau de stress élevé.

Au cours de l’étude, les participants se sont baladés la même durée dans une forêt que le temps qu’ils occupaient habituellement dans un environnement non forestier au cours d’une journée de travail normale. Après une promenade dans la forêt, les participants étaient nettement moins anxieux, dormaient mieux et dormaient plus longtemps. En outre, les chercheurs ont constaté que les promenades en après-midi étaient encore plus bénéfiques que les promenades matinales.

« Vous dormez mieux lorsque vous passez du temps dans une forêt, même si vous n’augmentez pas la quantité d’activité physique que vous faites », a déclaré Li.Pour évaluer davantage les effets du temps passé dans une forêt, Li a mesuré l’humeur des gens avant et après avoir marché dans les bois ou en milieu urbain. Alors que d’autres études ont montré que la marche à l’extérieur réduit la dépression, l’anxiété et la colère, Li a constaté que seule l’expérience de la marche en forêt améliorait la vigueur des gens et réduisait leur fatigue.Les secrets de santé via les arbres semblent reposer sur deux choses: la concentration plus élevée d’oxygène dans la forêt que dans un environnement urbain et la présence de produits chimiques appelés phytoncides, des huiles naturelles qui font partie du système de défense des plantes, bactéries, insectes et champignons. Selon Li, l’exposition à ces substances peut avoir des effets bénéfiques sur la santé chez l’homme. Le stress physiologique est réduit, par exemple, et la pression artérielle et la fréquence cardiaque diminuent. Les arbres à feuilles persistantes, à savoir le pin, le cèdre, l’épinette et les conifères, sont les plus gros producteurs de phytoncides; marcher dans une forêt à feuilles persistantes semble donc avoir les plus grands avantages pour la santé.

Comment se baigner en forêt

Y a-t-il un art spécifique à la baignade en forêt? Ou est-ce aussi simple qu’une promenade dans les bois?Se connecter avec la nature est simple, écrit Li. « Tout ce que nous avons à faire est d’accepter l’invitation. Mère Nature fait le reste. « Voici quelques étapes suggérées.Trouvez une place. Selon où vous êtes, trouvez une bonne source de nature. Il n’est pas nécessaire de voyager profondément dans une forêt pour ces avantages. Il suffit de chercher n’importe quelle zone verte. Il pourrait s’agir d’un parc urbain, d’une réserve naturelle ou d’un sentier traversant des bois de banlieue. Les forêts de conifères sont considérées comme particulièrement bénéfiques. »Laissez votre corps être votre guide. Écoutez où il veut vous emmener », dit Li. Certaines personnes réagiront à des clairières ensoleillées, d’autres à des endroits plus ombragés. Écoutez votre propre sagesse. Pour les personnes qui n’ont pas accès à une forêt ou ne peuvent pas sortir pour une raison quelconque, la diffusion d’huile essentielle d’arbre dans votre maison peut également être bénéfique.Engagez tous vos sens. « Laissez la nature entrer par vos oreilles, vos yeux, votre nez, votre bouche, vos mains et vos pieds », explique Li. Écoutez, sentez, touchez et regardez activement. « Buvez dans la saveur de la forêt et libérez votre sens de la joie et du calme. »Ne vous pressez pas. La marche lente est recommandée pour les débutants. Et il est bon de passer le plus de temps possible. Vous remarquerez des effets positifs après vingt minutes, dit Li, mais une visite plus longue, idéalement quatre heures, est préférable.Essayez différentes activités. Essayez de faire du yoga dans les bois, du tai-chi ou de la méditation. Prenez un pique-nique. Écrire un poème. Étudier les plantes. Vous pouvez vous aventurer seul ou avec un compagnon. Au Japon, les thérapeutes marchant sont même disponibles.

Appréciez le silence. L’un des inconvénients de la vie urbaine est le bruit constant. Si vous êtes chanceux, vous trouverez une zone boisée exempte de sons produits par l’homme. Le silence est réparateur, et une forêt peut avoir ses propres feuilles bruissantes, un filet d’eau, un chant des oiseaux. Passez quelques moments tranquilles avec un arbre préféré. Si rien d’autre, quand on se connecte avec la nature, nous nous rappelons que nous faisons partie d’un tout plus vaste. Et cela, nous dit Li, peut nous amener à être moins égoïstes et à penser davantage aux autres.

Le livre de Li, qui comprend des illustrations et une carte de « 40 belles forêts à travers le monde », est une invitation et une source d’inspiration pour se promener dans les bois, où que vous soyez.

A propos de l’auteur

Karin Evans

Karin Evans est une journaliste expérimentée, auteure, et fréquente contributrice de Mindful magazine

Les conservateurs sont-ils plus heureux que les progressistes ?

Les recherches ont montré que les militants de droite déclarent être plus heureux que ceux de gauche. Mais une nouvelle étude remet cela en question en mesurant les mots et les comportements.

Par Tom Jacobs, 16 mars 2015 . Publication originale en anglais sur https://greatergood.berkeley.edu/article/item/are_conservatives_really_happier_than_liberals

Traduction : Hadelin de Beer

C’est un paradoxe de la psychologie politique qui a laissé perplexe les gens depuis des décennies. Comparés aux progressistes, les conservateurs – du moins dans la sphère publique – semblent être plus en colère, plus agités par ce que notre société est devenue, et plus convaincus que des horreurs encore plus grandes sont à venir. Et pourtant, une série d’études ont conclu que les militants de droite sont globalement plus heureux que leurs homologues de gauche. Dans un sondage Pew effectué en 2006 auprès d’Américains, 47% des républicains ont déclaré être « très heureux », contre seulement 28% des démocrates.

Une nouvelle étude suggère que ces statistiques, et les autres qui les soutiennent, peuvent induire en erreur. Regardant au-delà des auto-évaluations, vers des indicateurs d’humeur plus objectifs, une équipe de recherche dirigée par le psychologue Sean Wojcik de l’Université de Californie-Irvine arrive à une conclusion très différente.

Les chercheurs rapportent que les conservateurs sont plus susceptibles de proclamer qu’ils sont heureux. Mais les progressistes sont plus susceptibles de fournir des indices indiquant qu’ils éprouvent une joie réelle, y compris les mots qu’ils choisissent d’utiliser et l’authenticité de leurs sourires.

« Les auto-évaluations du bonheur et de la satisfaction de la vie (…) sont susceptibles de se déformer elles-mêmes », écrivent-ils dans la revue Science. « Nos études ont montré que les progressistes politiques manifestaient un comportement lié au bonheur plus fréquent et plus intense que les conservateurs politiques. »

Wojcik et ses collègues décrivent quatre études qui aboutissent toutes à la même conclusion. L’un d’entre eux a analysé les messages Twitter envoyés par 1.950 personnes qui « suivent » le parti démocrate et 1.996 qui « suivent » le parti républicain. (Un petit groupe d’utilisateurs qui reçoivent des tweets des deux parties a été exclu de l’enquête.)

« Les posts des abonnés du Parti républicain étaient beaucoup moins susceptibles de contenir des mots à émotion positive, des mots de jovialité et des émoticônes heureuses, et beaucoup plus susceptibles de contenir des mots à émotion négatifs », rapportent-ils.

Une autre étude a utilisé des données provenant du réseau social orienté entreprise LinkedIn. Les chercheurs ont analysé des photos de profil de 457 membres – 240 employés d’organisations libérales (y compris Planned Parenthood et MSNBC) et 217 employés de sociétés conservatrices (notamment Fox News Channel et Family Research Council).

L’image de chaque visage souriant a été analysée « pour distinguer les expressions authentiques et superficielles du bonheur », écrivent les chercheurs.

image-sourire

Pouvez-vous repérer le vrai bonheur dans le sourire d’une personne ? Faite le quiz sur l’intelligence émotionnelle !

« Les sourires étaient légèrement plus intenses parmi les employés des organisations idéologiquement progressistes », rapportent-ils. « Les individus dans les organisations conservatrices ont exprimé une action faciale beaucoup moins intense dans les muscles autour des yeux, moyen permettant d’indiquer des sentiments authentiques de bonheur. »

OK, certains de ces faux sourires auraient pu être donnés par des progressistes qui se sentaient bloqués dans une organisation hostile et conservatrice (ou vice-versa). Mais une analyse des portraits photographiques officiels des membres du 113ème Congrès américain a produit des résultats similaires : « le conservatisme montrait une action faciale nettement moins intense dans les muscles autour des yeux ».

De plus, une analyse du langage utilisé par les membres des deux partis dans le dossier du Congrès de 2013 a révélé que le plus grand conservatisme parmi les membres « était associé à une diminution faible mais significative » de l’utilisation de mots émotionnellement positifs.

En élargissant cette analyse à 18 ans de données du Congrès, les chercheurs ont constaté que les démocrates « utilisaient un ratio plus élevé de mots à effet positif que négatif » par rapport à leurs homologues républicains.

Alors, pourquoi les gens qui insistent pour être heureux seraient-ils plus enclins à utiliser des mots négatifs et à afficher des sourires figés ? Une étude finale fournit une réponse possible. Plus de 1 400 visiteurs du site web YourMorals.org ont rapporté leur idéologie politique et leur niveau de bonheur. Les chercheurs ont également mené une enquête visant à détecter deux types de rapports trompeurs : « auto-évaluations délibérément déformées liées à des problèmes de présentation de soi » et « croyance honnête d’une auto-évaluation favorable mais irréaliste ».

Les chercheurs ont trouvé une corrélation entre les participants qui ont obtenu de bons résultats en matière d’auto-illusion et ceux qui étaient tout à fait d’accord avec des déclarations telles que « Je ne me soucie pas de savoir ce que les autres pensent vraiment de moi » ; « Je ne regrette jamais mes décisions » ; et « Je suis une personne complètement rationnelle. »

Conformément aux études précédentes, les chercheurs ont constaté que « le conservatisme politique croissant prévoyait une plus grande satisfaction déclarée dans la vie ». Cependant, ils « ont également constaté que l’amélioration trompeuse était plus élevée chez les conservateurs que chez les progressistes ».

En d’autres termes, les progressistes étaient plus conscients d’eux-mêmes, ce qui signifiait que lorsqu’ils déclaraient être heureux, il était plus probable qu’ils le soient véritablement.

Les chercheurs avertissent que « ce serait une erreur de déduire de nos données que les progressistes sont » objectivement  » plus heureux que les conservateurs ». Ils notent qu’il existe des preuves suggérant que se convaincre de son propre bonheur peut s’avérer bénéfique dans nos relations personnelles et professionnelles. Les sourires plâtrés ont leur place.

Mais une déconnexion entre son état émotionnel actuel et l’état qu’on souhaite afficher conduit inévitablement à un stress interne, et l’illusion de soi a tendance à s’effondrer, souvent de manière douloureuse. Rappelez-vous que Socrate (peut-être le premier philosophe à affirmer que nous pouvons, en faisant des efforts, trouver un véritable bonheur) a également insisté sur l’importance de la connaissance de soi.

Bien sûr, il était célèbre jusqu’à la fin de sa vie. Mais alors, il était progressiste, n’est-ce pas ?

Cet article a été initialement publié dans Pacific Standard Magazine, qui s’attaque aux problèmes les plus importants de la nation en mettant en lumière ce qui façonne le comportement humain.

Y a-t-il des différences entre un cerveau progressiste et un cerveau conservateur ?

Par Emiliana R. Simon-Thomas, 1 mars 2008 . Publication originale en anglais sur https://greatergood.berkeley.edu/article/item/brain_teaser_liberal_conservative_brains

Traduction : Hadelin de Beer

Ces dernières années [2008], les chercheurs [américains] ont tenté de déterminer si nos opinions politiques différentes [en Amérique : Républicain ou démocrate ?] étaient guidées par des différences fondamentales dans les cerveaux des conservateurs et des progressistes. Un certain nombre d’études suggèrent que les conservateurs pensent de manière plus structurée et plus stable, alors que les progressistes raisonnent de manière plus flexible, changeant leurs croyances en tenant compte des nouvelles expériences.

En octobre 2007, une étude publiée dans la revue Nature Neuroscience a montré que ces différences de pensée pouvaient être attribuables à des différences cérébrales. Le neuroscientifique de New York University, David Amodio, et ses collègues ont montré que les réponses du cerveau aux changements rapides et inattendus de stratégie différaient entre les libéraux et les conservateurs. Premièrement, les participants à la recherche ont évalué leur attitude politique sur une échelle de 11 points allant de « très progressiste » à « très conservateur ». Ensuite, avec des capteurs attachés à leur cuir chevelu, ils ont joué un simple jeu en devant pousser sur un bouton aussi vite que possible quand une certaine forme a clignoté sur leur écran. Lorsqu’une forme différente, peu fréquente, est apparue, cependant, ils étaient censés ne pas appuyer sur le bouton. La plupart ont fait des erreurs et ont frappé leur bouton quand ils n’étaient pas censés le faire. À chaque erreur, les chercheurs ont enregistré un signal provenant du cortex cingulaire antérieur (ACC), une région du cerveau qui signale la présence d’informations contradictoires ou de schémas concurrents. C’était comme si leurs cerveaux disaient : « Oups-je voulais faire une chose, mais j’en ai fait une autre. »

Les résultats ont montré que plus le participant est progressiste, plus le signal cérébral « Oops » est important et moins le nombre d’erreurs commises est élevé. Les auteurs concluent que les cerveaux des libéraux étaient plus sensibles à la précision de leurs réponses et étaient plus susceptibles de s’adapter à l’évolution de la demande. Les cerveaux des conservateurs, quant à eux, pourraient être mieux équipés pour les tâches nécessitant un style de réponse plus fixe.

Il reste difficile de savoir si cette différence d’activité cérébrale est la cause ou la conséquence d’une pensée progressiste versus conservatrice. C’est-à-dire que les scientifiques ne savent pas si ces différences cérébrales sont innées ou se développent à travers des années de réflexion d’une certaine manière. Jusqu’à présent, les chercheurs n’ont trouvé aucune relation entre l’orientation politique et une variété de traits héréditaires, suggérant que le libéralisme et le conservatisme n’étaient peut-être pas génétiquement déterminés. Mais l’étude d’Amodio indique que notre orientation politique est pour le moins liée à la manière dont notre cerveau traite le monde.

Vos idées politiques peuvent-elles prédire votre empathie ?

Les progressistes[1] et les conservateurs montrent différents niveaux d’empathie et de désir d’aider les autres, même au sein de leur propre groupe.

Par Amanda Wang, 26 juin 2018 . Publication originale en anglais sur https://greatergood.berkeley.edu/article/item/can_your_politics_predict_how_empathic_you_are

Traduction : Hadelin de Beer

Que disent de vous vos affiliations politiques, et de ce que vous voulez ? Si vous êtes un républicain ou un démocrate (ou libertarien ou vert ou socialiste), cela suggère bien sûr pour qui vous allez voter et quelles politiques publiques vous soutenez. Mais la recherche a révélé certaines préférences moins évidentes. Nos affiliations peuvent aussi révéler qui nous voulons en tant qu’amis ou où nous collectons les dernières nouvelles – et une nouvelle étude révèle une autre association inattendue : l’appartenance idéologique semble être liée aux types d’émotions que les gens veulent ressentir.

deux-tetes

Les recherches existantes ont déjà suggéré que les progressistes ont tendance à éprouver plus d’empathie que les conservateurs. Cependant, il y avait un biais : ces études avaient tendance à interroger les participants sur leur compassion envers les minorités ethniques ou les pauvres par exemple, qui risquaient davantage de s’identifier comme progressistes. Le sentiment d’appartenance « de groupe » (les minorités ethniques et les pauvres appartiennent aux progressistes ») pourrait dès lors susciter plus de sympathie des progressistes (« ils sont de notre groupe ») – et inversement, plus d’hostilité des conservateurs qui considèrent les minorités et les pauvres comme des membres d’un « groupe extérieur ».

Pour remédier à la possibilité de ce biais de groupe, Yossi Hasson et ses collègues ont spécifiquement exploré l’empathie envers des personnes qui faisaient partie du même groupe politique que les personnes interrogées, du groupe externe ou d’un groupe « neutre ».

De plus, les chercheurs ont élargi leur enquête de deux manières différentes. D’une part, ils ont brisé le processus d’empathie en trois étapes clés : le désir anticipatif d’empathie ; l’expérience réellement ressentie d’empathie, et les motivations comportementales résultant de ces sentiments (c.-à-d. volonté d’aider ceux qui sont dans le besoin). Deuxièmement, ils ont étudié les réponses empathiques dans trois pays, pour voir si les différences prédites entre les progressistes et les conservateurs dépendent de la culture.

Pour leur enquête, ils ont recruté plus de mille participants progressistes et conservateurs des États-Unis, d’Israël et d’Allemagne. Les participants ont d’abord lu un résumé d’article sur douze personnes blessées dans une manifestation surpeuplée. Cependant, ce résumé a été subtilement modifié dans chacune des trois conditions expérimentales : les manifestants ont été décrits comme des progressistes, des conservateurs ou des résidents locaux (sans identification politique spécifique). Les participants ont alors indiqué le niveau d’empathie qu’ils voulaient ressentir pour les manifestants blessés. Les participants ont ensuite évalué le degré d’empathie qu’ils ressentaient réellement en lisant les articles complets sur la manifestation. Et enfin les chercheurs ont mesuré leur volonté d’aider les victimes blessées (en partageant, par exemple, l’histoire sur les médias sociaux ou en donnant de l’argent pour payer les frais médicaux).

Comme le suggèrent des recherches antérieures, les progressistes étaient en effet plus enclins que les conservateurs à vouloir faire preuve d’empathie avant de lire l’article complet, et ils ont exprimé des niveaux d’empathie plus élevés par la suite. Les participants progressistes ont également montré une plus grande volonté d’aider les victimes blessées.

Néanmoins, tous les participants, y compris les progressistes, étaient beaucoup plus empathiques envers leur propre groupe politique que le groupe externe. Autrement dit, lorsque des participants progressistes ont lu des articles sur des manifestants progressistes, ou lorsque des participants conservateurs ont lu des articles sur des manifestants conservateurs, les participants ont exprimé davantage de désir d’empathie, une plus grande expérience de l’empathie et plus de volonté d’aider que les lecteurs des partis politiques opposés.

Ces schémas se sont-ils produits dans les trois pays ? Globalement, oui, dans les trois pays, les progressistes ont fait preuve de plus d’empathie par rapport aux conservateurs, et le fait de lire sur les victimes de votre propre parti politique a suscité plus d’empathie que de lire sur les manifestants de la partie adverse. Cependant, les participants des États-Unis, d’Allemagne et d’Israël ont différé sur certains points. D’une part, les progressistes et les conservateurs israéliens étaient motivés de la même façon pour aider les manifestants blessés, tandis que les progressistes américains et allemands ont signalé une plus grande motivation à aider les blessés, comparé aux conservateurs.

Une autre différence entre les trois pays concernait la nature du parti pris des participants envers les membres du groupe. Si les participants de tous les pays ressentaient plus d’empathie pour les membres de leur propre parti politique que pour ceux de la partie adverse, aux États-Unis et en Israël, les niveaux d’empathie envers les victimes non identifiées politiquement se situaient quelque part entre les deux. Les participants allemands ont toutefois ressenti une plus grande d’empathie pour ces victimes non politiques, plus encore que pour les victimes de leur propre parti.

Ces résultats s’ajoutent à un nombre de recherche croissant suggérant que les différences idéologiques ne se limitent pas à la politique : elles peuvent aussi être étroitement liées aux différences psychologiques, y compris le désir de ressentir certaines émotions. En effet, des études ont montré que les progressistes et les conservateurs diffèrent dans les niveaux globaux d’émotions comme l’empathie et le dégoût. Hasson et ses collègues ajoutent une idée subtile mais importante : l’idéologie est également associée à la façon dont une personne peut donner de la valeur à certaines émotions. Et en ce qui concerne les émotions prosociales – celles qui nous unissent – le désir de ressentir les émotions d’une certaine manière peut influencer la manière dont nous traitons les autres, à la fois au niveau interpersonnel et au niveau politique plus large. Si nous essayons d’éviter de faire preuve d’empathie avec certains groupes de personnes, cela pourrait réduire notre motivation à les aider.

Une conséquence importante de cette étude réside dans ce que les progressistes et les conservateurs ont en commun : tant les progressistes que les conservateurs préfèrent les personnes auxquelles ils peuvent s’identifier, dans ce cas les personnes de leur propre groupe politique.

Pourtant, ce n’est pas nécessairement la fin de l’histoire. Rappelez-vous ces participants israéliens : les progressistes et les conservateurs étaient également disposés à aider les manifestants blessés. Bien que Hasson et ses collaborateurs n’aient pas explicitement conçu leur étude pour examiner pourquoi cela pourrait être le cas, nous pourrons peut-être trouver des pistes explicatives. Par exemple, même si les participants israéliens étaient divisés de manière égale entre les progressistes et les conservateurs, 96% d’entre eux partageaient une identité religieuse commune – juive. Peut-être alors, la force et la pertinence des autres identités de groupe – et leur chevauchement – pourraient-elles contribuer à favoriser l’empathie entre les groupes.

A propos de l’auteur

Amanda Wang a reçu son B.A. de l’Université Cornell en 2011 et est actuellement doctorant en psychologie sociale à l’Université de Californie à Berkeley. Globalement, elle étudie comment certaines façons de penser (comme les perceptions biaisées de soi ou les idées « si seulement » sur la façon dont les choses auraient pu changer) peuvent influencer les émotions (comme la culpabilité, le regret) s’engager socialement avec les autres – peut-être entretenir des relations, mais parfois aussi les entraver.

[1] Note du traducteur : Le texte américain parle de « libéral », Le libéralisme peut, selon certains, s’opposer au conservatisme (https://fr.wikipedia.org/wiki/Libéralisme_politique ) mais pour les américains qui n’ont pas de parti appelé libéral, le mot « libéral » a une connotation progressiste plus marquée que chez nous en Belgique francophone, où le libéralise est de droite et plutôt conservateur. Par conservateur, il faut entendre « qui est en faveur des valeurs traditionnelle, de la tradition comme sagesse ». Le conservatisme encourage la préservation de l’héritage d’une nation ou d’une culture. Le changement est possible mais doit être organique, plutôt que révolutionnaire. Les conservateurs prônent fortement le droit à la propriété (extraits de https://fr.wikipedia.org/wiki/Conservatisme ) et sont sont moins enclins à défendre les pauvres et les immigrés par exemple. La nuance impose de dire que le parti libéral francophone belge défend certaines minorités et est favorable à certains changement non organiques, tels le mariage pour tous, la défense des homosexuels…