La dictature de l’intime

Comme tous les candidats qui se présentent aux élections, j’ai des convictions et des valeurs. Je crois dans le projet politique de mon parti et je pense pouvoir y apporter une contribution positive.

La campagne électorale sert à faire (notamment) deux choses :

  1. convaincre l’électrice et l’électeur que le projet est bon, que les convictions sont justes et les valeurs importantes ;
  2. convaincre l’électeur et l’électrice que je serai une bonne personne qui gardera ses convictions et ses valeurs, tout en étant assez souple pour s’adapter à la situation, et qui a les compétences et les capacités pour mener le projet à bien.

Parlons des convictions et des valeurs. Comment démontrer les valeurs qu’on porte ? Comment convaincre qu’on les a et qu’elles sont fortes ?

  • L’utilisation de mots et de paroles certes, mais leur force est limitée car tout se laisse écrire…
  • La constance dans les actes, et le fait de joindre les actes à la parole est déjà plus fort. Un inconvénient au moins : cela nécessite de longs développements que les citoyens ne sont prêts à lire, faute de temps.
  • L’utilisation d’une photo qui symbolise nos valeurs et convictions. Une bonne image vaut bien un long discours.

J’avais fait 3 photos dans mon quartier. Elles étaient prises dans l’espace public et deux symbolisaient la capacité des gens à donner, à échanger, à vivre la gratuité. C’était évident et cela valait un long discours.

3_Photos

J’ai reçu deux messages les concepteurs de la boite à dons. Ils me demandaient de ne pas choisir cette photo car ils ne souhaitaient pas que leur geste soit récupéré par un parti politique. « Fais une photo dans ton jardin » m’a proposé » l’un d’eux. Et voilà : on est exclu de l’espace public pour affirmer ses convictions. On doit se cantonner dans l’intime.

A la fois je comprends les concepteurs, par ailleurs charmants voisins. Aucun artiste ne veut que son œuvre soit récupérée par un politique, surtout s’il est de conviction opposée. Car c’est bien là la question : le sentiment de récupération, de détournement, voire de trahison.

Mais un danger d’exclure l’espace public du débat et de l’appropriation par tous, c’est que celui-ci n’est plus public. Aucun politicien ne pourra se faire photographier devant l’Atomium, car le concepteur ne l’a pas prévu, ne l’a pas autorisé. Aucun candidat ne pourra se faire photographier devant les graphs de la gare de LLN pour signifier par là qu’il soutient l’art de la rue parce que ce n’est pas ce qu’ont voulu les grapheurs. Ce qui a été fait dans l’espace public devient privé, réglementé, géré par ceux qui l’ont fait, plus par tout un chacun. L’espace public devient privé.

Un autre danger d’exclusion de l’espace public, c’est l’intimisation de la politique. Cela devient personnel, privé. Presque honteux ou indécent. Tout ne peut plus être politique. Pour lutter contre une récupération estimée inappropriée, les gens devraient faire une contre-récupération, ce qui provoquerait un débat… public ! Au lieu de cela, on renvoie à l’intime, presque au sentiment, à l’émotion personnelle, et le débat est mort.

Je n’ai pas voulu agacer mes voisins et j’ai demandé qu’on ne choisisse pas cette photo pour me présenter. Je pense néanmoins qu’ils ont fait une erreur. Tout est politique.

Quelle photo de campagne ?

Je dois avoir une photo de campagne. J’ai pensé présenter une photo dans mon quartier. En effet, je m’y sens bien, comme généralement chaque habitant dans son quartier.

De plus, le quartier est un lieu qui a développé un mode d’organisation sociale un peu différent (habitat léger, alternative au jardin privé, priorité à la valeur d’usage…) qui peut être une source d’inspiration.

Quelle photo me conseilleriez-vous de prendre ?

La première photo est prise à Alimentaire, le magasin bio de la Rue de la Baraque, devant le frigo public. Chacun peut y mettre ce dont il n’aura pas usage et chacun peut se servir.

La seconde photo est prise à La Fattoria. Ce sont des sculptures en terre. Le bâtiment contient un four à Pizza.

La troisième photo est prise dans la Rue de la Baraque à côté du bar du Zoo (vers 1975, il y a eu un zoo pendant deux ans à la Baraque, puis le zoo parti le bar du quartier y a été aménagé. Il a déménagé de 100m mais a gardé son nom). Il y a  quelques semaines, une habitante a créé une boîte à dons.

A vous de voter…