Egalité des chances : une bonne chose ?

« Les citoyens préfèrent l’inégalité lorsqu’il s’agit de protéger les-leurs. »

L’être humain n’a pas toujours rêvé d’égalité ! Au contraire, pendant des siècles l’humain a vécu dans un monde inégalitaire. Il existait l’aristocratie, le clergé, la bourgeoisie et la paysannerie : on était né dans une caste, on y restait et c’était accepté, comme si la liberté était devant Dieu, mais que l’inégalité était acceptée entre les humains. Il n’y avait aucune mobilité sociale. C’est encore le cas en Inde par exemple.

Puis sont arrivés les Lumières et les ennuis ont commencé ! Avec leur déclaration de « libres et égaux » entre nous, les inégalités sont devenues illégitimes, ou devaient être justifiées. Plus question de garder le principe de castes imperméables.

Par contre, la déclaration d’égalité ne s’est pas instantanément traduit par un « uniformisme » social. Il restait forcément des différences sociales qui ont été acceptées : les classes sociales qui ont été déterminées par le rapport au travail : je suis ouvrier, je suis employé, je suis bourgeois. Ces classes (inégalitaires) ont été acceptées aussi parce qu’elles permettaient une identité de classe : je suis (ouvrier), je m’habille d’une certaine façon, je m’amuse d’une certaine façon… bref j’appartiens à un groupe dans lequel je me sens bien. « Se sentir bien dans une classe sociale » n’est néanmoins pas suffisant pour accepter le principe d’existence de classe : les humains acceptent les inégalités de classepour autant qu’avec le temps elles se réduisent ! Ce travail pour la réduction des inégalités de position (ou positivement exprimé en « égalité des places ») a structuré un siècle de progrès social, entre 1880 et 1980. Les classes sociales ont également structuré la vie politique.

Le progrès social a été fondé sur deux piliers :

  • La société industrielle, qui a permis à tout le monde de bénéficier de l’accroissement de confort, mais aussi à chacun d’y contribuer en tant que travailleur ;
  • L’Etat nation, qui comportait ses ouvriers mais aussi ses capitalistes, bref un monde qui se sentait inter-relié. Cette conscience d’interrelation a permis d’accepter qu’on se paye tous sans se connaître.

Donc il y avait des inégalités de positions, mais elles se réduisaient et en même temps la situation de tous s’améliorait. En plus, les inégalités étaient vécues comme liées à sa classe sociale : elles n’étaient pas personnellement blessantes, c’était une expérience collective.

Aujourd’hui, ce modèle semble être épuisé. Cet épuisement est venu notamment :

  • par le fait que l’Etat providence est de plus en plus corporatiste. L’emploi étant devenu rare, le nombre d’exclu augmente ;
  • par l’aveuglement, pendant les 30 glorieuses, de toute sortes d’inégalités telles les différences hommes/femmes, les discriminations… A ce moment, on pensait que c’était dans l’ordre des choses. Le paradigme suivant a été accepté : « garde la position de ton père, elle s’améliorera. » Ce paradigme était déterministe et niait la possibilité de mobilité sociale : je suis ouvrier, je ne peux devenir patron, je suis immigré, je ne peux devenir médecin… cet aveuglement a disparu ;
  • par le délitement de la société industrielle et de l’état nation. Le système qui portait l’amélioration des positions n’est plus là. Il n’y a plus de société industrielle nationale, et l’amélioration des positions de tous par le productivisme n’est plus là, et est contesté pour ses impacts environnementaux.

Aujourd’hui, on n’accepte plus d’être catalogué dans une classe, et de « devoir » y rester. Au contraire, on nous bassine les oreilles que si on a le talent et qu’on fait ce qu’il faut, on peut monter, on peut arriver en haut de la pyramide.

Le but de la société serait de donner à chacun l’égalité des chances. L’Etat devrait garantir à chacun des chances égales, notamment un capital de départ identique, et c’est de la responsabilité de chacun de profiter des opportunités et de faire fructifier son capital pour arriver en haut. On est dans la compétition permanente. Sauf pour celui qui arrive tout en haut, la vie est manifestement semée d’embuches… car à la fin on doit bien constater des inégalités. Une ou deux petites inégalités, cela irait, mais les moins bien lotis vivent une séries d’inégalités multiples, sorte d’agrégation d’inégalités fines. Dans le domaine de l’enseignement par exemple, je n’ai pas accès aux bons transports en commun, je ne peux choisir le bon lycée, je ne suis pas dans la bonne filière… Et en plus, ces inégalités se reproduisent d’une génération à l’autre.

Le vécu de l’agrégation d’inégalité est d’autant plus douloureux que, plus on s’affirme égaux, plus les inégalités sont insupportables. On vit donc une exacerbation du sentiment d’inégalité.

L’égalité des chances a occulté le débat sur l’égalité des positions. En effet, ce qui est important aujourd’hui, c’est que chacun ait droit à accéder à toutes les places, aussi inégales soient-elles. Qu’il y ait une différence de 900 entre le salaire annuel d’un PDG et d’où ouvrier n’est pas grave, du moment que le fils de l’émigré ait une chance d’y arriver ! le summum est la mobilité sociale en fonction du mérite.

Oui mais justement, il y a très peu de … femmes/immigrés/… aux plus hauts postes. Donc on va faire des politiques de discrimination pour qu’elles/ils puisent y arriver. Pour celle ou celui qui y arrive, c’est très bien, mais pour toutes celles et ceux qui n’arrivent pas tout en haut – car définir un tout en haut, c’est forcément imposer à d’autres d’être tout en bas – c’est culpabilisant. Ceux-ci le vivent comme un échec de leur responsabilité.

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Le discours exclusif sur l’égalité des chances comporte plusieurs inconvénients :

  • il justifie les inégalités de position, comme vu ci-dessus ;
  • il culpabilise les individus qui seraient responsable de ce qui leur arrive ;
  • il sacralise le mérite. Or le mérite est tout sauf clair. Est-ce ma position de PDG est due à mon seul mérite quand on sait que mes parents étaient PDG, m’ont payé les meilleures études, les meilleurs cours privés, m’ont fait rencontré mes pairs… Qu’est-ce qui est dû à moi, qu’est-ce qui est dû au contexte ?
  • il n’a pas donné les résultats attendus, dans le sens qu’en pratique, il y a très peu de mobilité sociale et une plus grande inégalité de position.

Bien plus, l’égalité des chances a amené l’extrême droite. En effet, tous ceux et celles qui ne sont pas arrivés très haut dans la grande compétition de tous contre tous, sont meurtris et dévalorisés. En quelque sorte, ils ont symboliquement régressé parce que des personnes de la classe du dessous peuvent passer au-dessus : même si on reste à la même place, on a l’impression de passer en dessous. Or on sait que l’impression de régression est une expérience très douloureuse pour l’humain. Pour échapper au mépris de soi, on le transforme en haine des autres. Je hais tous ceux (les émigrés) qui pourraient passer au-dessus de moi, et par extension me prendre quelque chose. L’adversaire, ce sont tous les autres avec qui je pourrais être en concurrence réelle ou symbolique.

Que faire pour une société juste et qui fonctionne, notamment dans le cadre du travail ?

  • Faut-il bannir le mérite ? Non, ce serait inacceptable que les postes et l’avancement ne tiennent en aucun compte du mérite. On n’ira pas chez un médecin parce qu’il est « X » et qu’il fallait un quota de « X ». Il faut donc garder le mérite. Mais il ne faut pas l’hypertrophier.
  • Il faut aussi de l’égalité. Pas seulement « à travail égal, salaire égal ». Il faut aussi que les tensions salariales entre le haut et le bas soient faibles.
  • Et enfin il faut de l’autonomie. Personne ne doit être considéré comme une simple machine obéissante.

Ces tris caractéristiques sont contradictoires entre elles, il faut savoir les gérer, les équilibrer.

Texte rédigé par Hadelin de Beer, à partir d’une conférence de François Dubet pour le réseau « égalité », dans le cadre des 20 ans du Plan de Cohésion Sociale d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, le 11/09/2018

A OLLN, Ecologie rime-t-elle avec béton ?

Il y a eu un développement de la population entre 1995 et 2015. Etait-ce souhaitable ? Quelle est la responsabilité d’Ecolo et qu’à fait Ecolo pour que cela se passe au mieux ?

« OLLN s’est fortement développée. ». Traduisez « il y a de plus en plus de maisons, d’appartements, de routes… ». Donc de béton ! Et donc de personnes !

Comme le disait Mr Otlet (MR, ex-bourgmestre) à un conseil communal : « on risque de ne plus reconnaître Ottignies d’il y a 50 ans, on a peur que cela change trop ! ».

On se retrouve dans une situation inversée : Ecolo serait le bétonneur et le MR serait le protecteur d’une ville petite, à taille humaine, protecteur de la nature.

Les faits :

1° Il y a une pression démographique sur tout le Brabant wallon (BW) :

  • De 1995 à 2015, la population du BW a augmenté de 16% en 20 ans. Il y aurait de toute façon eu plus d’habitant à Ottignies-LLN
  • A Ottignies, elle a augmenté de 21%, c’est plus mais pas nécessairement différent d’autres villes.

2° Qui dit pression démographique, dit construction.

3° La différence entre les communes du BW et OLLN, commune Ecolo ; c’est que les autres communes ont laissé construire n’importe où, et principalement des lotissements de villas 4 façades dans des campagnes, alors qu’Ecolo a voulu CONSERVER les campagnes et a donc privilégié la construction dans les centres ville, près des gares, pour moins de mobilité en voiture. L’image ci-dessous (parue dans le magazine Imagine) est de Waterloo: cherchez la campagne…

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4° Il y a une grosse urbanisation à Court-St-Etienne (notamment sur les terrains des anciennes usines Henricot), ce qui minéralise très fort l’environnement immédiat d’Ottignies et met une très forte pression automobile sur l’avenue des combattants, une des seules routes de transit vers BXL. A Mt-St-Guibert aussi il y eu une forte urbanisation, notamment Axis Park qui touche LLN.

Et pour le futur ?

Ecolo va évidemment poursuivre dans la conservation des campagnes. Ecolo va poursuivre dans la volonté de construire près des gares. Cependant Ecolo insiste sur les points suivants : il doit y avoir plus de nature, des espaces plus vivants, des lieux de vie (des « quartiers ») plus cool, dans ces nouveaux quartiers, la voiture doit rester à l’extérieur…

Une limite à la croissance de la population ?

Le MR nous a accusé de vouloir une grande ville, et a demandé de mettre une limite à la population. Nous avons refusé, pour plusieurs raisons :

  1. C’est tout simplement impossible. On ne pourra pas dire au « limite+1 » habitant, qui est par exemple un enfant dans une famille, « allez habiter ailleurs » ;
  2. Ce n’est pas éthique : et si toutes les communes disaient cela ?
  3. Ce n’est pas raisonnable.

Par contre on peut limiter les constructions, leur densité, leur hauteur. C’est ce qu’on a fait dans le schéma de structure. Sachant que si on fait cela, on fait augmenter les prix… donc on propose entre autres un CLT (community land trust) !

CLT : https://hadelindebeer.wordpress.com/2018/06/25/olln-le-clt-des-terrains-gratuits-pour-les-jeunes-familles/ : On le sait, le pyramide des âges montre un « trou » des jeunes familles, qui quittent LLN et Ottignies car elles ne peuvent se payer un logement, vu les prix.

Comme à Bruxelles et ailleurs, l’idée est de créer une fondation qui sera propriétaire de terrains. Ceux-ci seront « donnés » gratuitement pour que des jeunes familles aux revenus « moyens » et ayant un lien avec la commune puissent y construire.

En contrepartie, lors de la revente, la maison ne pourra être revendue qu’à des personnes en situation comparable (revenus moyens, ayant un lien avec la commune) et avec une plus-value limitée, de telle sorte que le prix reste abordable.

La Ville va créer ce CLT au conseil communal du 26 juin. Il faudra ensuite que le CLT aient des terrains et les mettent à disposition. Le projet actuel de la Ville est d’y mettre +/- 10 terrains qu’elle possède. Mais l’idée est qu’à terme, l’UCL rejoigne le mouvement et y verse +/- 3 hectares du futur quartier Athéna (et gère en commun cette partie du CLT avec la Ville).

Articles de presse : https://www.lavenir.net/cnt/dmf20180626_01189920/ottignies-louvain-la-neuve-met-en-place-la-structure-d-un-community-land-trust

Une limite à l’urbanisme : l’arme absolue ?

Comme dit plus haut, le schéma de structure (http://www.olln.be/fr/services-communaux/urbanisme/documentation.html ) encadre (donc limite mais aussi permet) les possibilités de construire. Peut-on facilement imposer des contraintes très fortes permettant très peu de constructions ? Oui et non :

non

  • la commune est contrôlée par la Région, qui veille à l’intérêt général, notamment d’empêcher les communes de dire “chez les autres, pas chez nous” et aussi le bon aménagement des lieux (près d’une gare, la région demande des habitations plus denses) ;
  • la commune est contrainte par les propriétaires, et notamment l’UCL, qui peuvent légitimement dire que quand un moment donné le pouvoir leur a donné des droits de construire et qu’ils ont payé des taxes, le pouvoir ne peut facilement (sans compensation), retirer des droits ;
  • dans notre société, il y a une certaine légitimité à pouvoir valoriser une propriété.

oui

  • quand un intérêt supérieur est en jeu (paysager, sécurité, environnement…)

 

On l’a compris, aucun parti politique ne peut promettre de définitivement stopper l’urbanisation. Le parti qui le promettrait ferait un « mensonge bleu » (voir « la couleur des mensonges »). La maitriser, la canaliser, faire en sorte qu’elle soit profitable pour tous, tant les générations actuelles que future, cela est le défi. Les écologistes veulent le relever, avec la participation de la population.

La dictature de l’intime

Comme tous les candidats qui se présentent aux élections, j’ai des convictions et des valeurs. Je crois dans le projet politique de mon parti et je pense pouvoir y apporter une contribution positive.

La campagne électorale sert à faire (notamment) deux choses :

  1. convaincre l’électrice et l’électeur que le projet est bon, que les convictions sont justes et les valeurs importantes ;
  2. convaincre l’électeur et l’électrice que je serai une bonne personne qui gardera ses convictions et ses valeurs, tout en étant assez souple pour s’adapter à la situation, et qui a les compétences et les capacités pour mener le projet à bien.

Parlons des convictions et des valeurs. Comment démontrer les valeurs qu’on porte ? Comment convaincre qu’on les a et qu’elles sont fortes ?

  • L’utilisation de mots et de paroles certes, mais leur force est limitée car tout se laisse écrire…
  • La constance dans les actes, et le fait de joindre les actes à la parole est déjà plus fort. Un inconvénient au moins : cela nécessite de longs développements que les citoyens ne sont prêts à lire, faute de temps.
  • L’utilisation d’une photo qui symbolise nos valeurs et convictions. Une bonne image vaut bien un long discours.

J’avais fait 3 photos dans mon quartier. Elles étaient prises dans l’espace public et deux symbolisaient la capacité des gens à donner, à échanger, à vivre la gratuité. C’était évident et cela valait un long discours.

3_Photos

J’ai reçu deux messages les concepteurs de la boite à dons. Ils me demandaient de ne pas choisir cette photo car ils ne souhaitaient pas que leur geste soit récupéré par un parti politique. « Fais une photo dans ton jardin » m’a proposé » l’un d’eux. Et voilà : on est exclu de l’espace public pour affirmer ses convictions. On doit se cantonner dans l’intime.

A la fois je comprends les concepteurs, par ailleurs charmants voisins. Aucun artiste ne veut que son œuvre soit récupérée par un politique, surtout s’il est de conviction opposée. Car c’est bien là la question : le sentiment de récupération, de détournement, voire de trahison.

Mais un danger d’exclure l’espace public du débat et de l’appropriation par tous, c’est que celui-ci n’est plus public. Aucun politicien ne pourra se faire photographier devant l’Atomium, car le concepteur ne l’a pas prévu, ne l’a pas autorisé. Aucun candidat ne pourra se faire photographier devant les graphs de la gare de LLN pour signifier par là qu’il soutient l’art de la rue parce que ce n’est pas ce qu’ont voulu les grapheurs. Ce qui a été fait dans l’espace public devient privé, réglementé, géré par ceux qui l’ont fait, plus par tout un chacun. L’espace public devient privé.

Un autre danger d’exclusion de l’espace public, c’est l’intimisation de la politique. Cela devient personnel, privé. Presque honteux ou indécent. Tout ne peut plus être politique. Pour lutter contre une récupération estimée inappropriée, les gens devraient faire une contre-récupération, ce qui provoquerait un débat… public ! Au lieu de cela, on renvoie à l’intime, presque au sentiment, à l’émotion personnelle, et le débat est mort.

Je n’ai pas voulu agacer mes voisins et j’ai demandé qu’on ne choisisse pas cette photo pour me présenter. Je pense néanmoins qu’ils ont fait une erreur. Tout est politique.